26 km des Galopades Tranchaises : strappé mais content !

Un défi nature, un défi personnel...

Galopades tranchaises


Dimanche 31 mars,  je suis en Vendée pour un long week-end Pascal en famille mais aussi pour participer à la 11ème édition du trail des Galopades Tranchaises. Au programme... de la plage, de la forêt de pins vallonnée et ensablée, des dunes, des monotraces et du coupe jarret en veux-tu en voilà ! Retour sur ce beau trail perturbé par une nouvelle entorse... 


Attention ! jeunes papas sportifs... cet objet est dangereux !


Deux semaines avant le trail, puisqu'il fait froid et tout pas beau nous décidons d'aller faire un tour à la foire locale. Et merde il pleut, pas de trampoline ...mais pourquoi pas ce parcours du combattant pour enfant !? Il est au sec ...Mon petit Hugo n'étant pas rassuré, son père ce héros, décide de l'accompagner pour l'aider à passer ces obstacles. Coincé en haut du parcours, je suis obligé d'emprunter un toboggan circulaire plein de virages. A mis parcours, je m’aperçois que mon fils est resté devant la sortie ! Je freine des 4 fers avec mes pieds déchaussés pour ne pas le percuter mais mon pieds droit bute sur une jointure et avec la vitesse l'avant pied se plie puis reCraccc ! A la réception ma cheville, déjà fragile, se tord à nouveau ... la looose !


D’emblée je sais que ma participation au trail est fortement compromise. Je suis dégoûté et rageux de m'être blessé aussi connement et surtout d'avoir gâché 3 mois de préparation. Les 4 heures d'attente aux urgences de Poitiers, me rassurent quelque peu : Rien n'est cassé mais la jeune interne me préconise 4 semaines sans activité sportive et le port d'une attelle :'(.

De retour à Rueil, je prends contact avec mon kiné et tous les jours je me tartine le pied d'hémoclar et de glace.



Les 2 semaines passent et je suis surpris de la vitesse à laquelle je récupère... La douleur s'atténue, je peux marcher "normalement" et je retrouve de la mobilité. L'espoir renaît ! Mon kiné le confirme, avec un bon strapping, je pourrais courir mais peut-être réduire la distance. Alors en route pour les Galopades Tranchaises!


strapping de la cheville pour un trailC'est le jour J ! sortez vos bandelettes !

7h30, la brume se lève sur le marrais Vendéen ... Les aigrettes et cigognes grattent les terres inondées à la recherche d'habitants aquatiques pour leur petit déjeuner. Le soleil est au rendez-vous, une belle journée s'annonce mais le givre sur la pelouse indique qu'il va faire frais; çà se confirme ! -2°C au thermomètre ça pique !Après ma collation sportive (crème sport-déjeuner à la noix de coco râpée cette fois, ça passe mieux ...), je sors mes bandelettes pour ma momification de cheville (en détail ici). 15 minutes à dérouler de la bande élastique et voici ma cheville bien emballée !



Vamos a la playa !


Nous rejoignons la ligne de départ...Je ne sais toujours pas si je vais pouvoir courir et sur quelle distance !? J'ai épinglé le dossard du 26 km mais en fonction de l'état de ma cheville, je réduirai la distance. Eric, mon beau-frère, multi-marathonien et "centbornard" se contentera du 13 km. Papa depuis peu, cela fait plusieurs mois qu'il n'a pas pu s’entraîner...



départ des galopades tranchaises 2013
10h pile! le départ est donné, sans pitié pour les retardataires. Le peloton s'étire sur la plage de la Tranche sur Mer emmené par des chevaux au galop. L'océan, le doux bruissement des vagues et le bol d'air iodé nous galvanisent, je profite du spectacle mais reste focalisé sur mes sensations. Les premières foulées sont rassurantes, ce n'est pas parfait mais sans douleur ni blocages !
A peine le temps de se réchauffer qu'il faut passer le premier obstacle : La digue du pavillon de l'Aunis. D'ordinaire, je n'aurai aucune appréhension à sauter sur ce muret de béton, mais là j'ai peur du faux pas...surtout ne pas aggraver ma blessure ! Je ralenti et passe très prudemment la bute glissante. Encore un kilomètre et nous quittons la plage par une pente de sable. Les appuis sont fuyants sur ce terrain meuble, prélude des difficultés à venir.


La forêt (lala lah lah ...)


galopades tranchaises : la forêt
Quelques mètres encore au milieu des maisons du bord de mer et nous nous retrouvons dans la forêt. Je commence à prendre de l'assurance sur ce sol plus stable, fait d'une succession de petites bosses. Mais il faut rester prudent ! A l'orée du bois, nous doublons un concurrent qui grimace et se tient la cheville... le terrain est piègeux! Gare aux pommes de pins et racines!
J'accélère progressivement et passe les côtes sans forcer. Eric ressent le manque d'entraînement et peine à me suivre lorsque le chemin s'élève mais je suis vite rattrapé dans les descentes. Je ne veux surtout pas glisser et j'assure en descendant à petits pas quitte à perdre beaucoup de temps ... 6 km de montagnes russes en sous-bois et voilà qu'arrive déjà la bifurcation des 13 et 26 km. Eric est 100 mètres derrière, je ralenti pour l'attendre et lui tendre la main pour le saluer... Sans trop réfléchir, je choisis de continuer sur le 26 ! Je me sens plutôt bien même si un léger inconfort pointe sur mon pied bander. Une tape dans la main, un "Bon courage !" et nous partons chacun de notre côté...

les bosses sablonneuses des galopades tranchaises Bac à sable


Ah tu veux continuer et bien passe déjà ça ! C'est en substance ce que j'ai pensé en voyant la dune à gravir dès la séparation des parcours. Une belle pente sablonneuse à près de 10% ! Ok... qui va piano va sano, je montre tranquillement en marchant.
La suite est une alternance de chemins forestiers roulants entrecoupés de bosses ensablées bien casse pattes. Je suis rejoint par un groupe de coureurs avec qui j'échange quelques mots. L'un d'eux, qui a participé au balisage des courses, me demande quel temps je compte faire...avec me cheville c'est au feeling, l'objectif c'est de finir ! Je laisse ce groupe me lâcher petit à petit...

Le temps passe et nous approchons du ravitaillement de mi-course. Le strapping est efficace mais après d'1h30 de course, il commence à être inconfortable voire douloureux ce qui m'oblige à réduire l'allure. Cette pause est bienvenue! j'en profite pour prend un Doliprane  histoire de réduire la douleur sur le côté de mon pied bandé... Là je l'avoue, j'ai un léger coup de mou ...je commence à douter sur mes capacités à finir... Le temps d'appeler mes proches pour les rassurer son mon état (et me rassurer aussi) et c'est reparti !

La dune grise

Gaplopades Tranchaises - La dune grise

Les cuisses sont dures après ce long arrêt ! De nombreux coureurs sont passés devant moi et je repars clopin clopant, esseulé au fond du classement. Qu'importe ! Plus que 3 km de forêt ensablée à avaler  pour rejoindre les singletracks de la dune grise avec en fond le bruit des vagues déferlantes. Le paysage est magnifique et radicalement différent ! Si à gauche en contrebas se trouve toujours les arbres de la forêt, ici, aucune végétation ne prend de l'altitude. Le sol est fait de sable fin mais la pelouse maritime nous offre un tapis assez stable pour courir. Je suis quasiment seul dans ce paysage lunaire "terraformé" et comme le chrono n'a plus d'importance, j'en profite pour faire quelques photos ... 



Galopades Tranchaises : entre dune et forêt
Le parcours longue l'océan sans jamais l'avoir en visuel (à mon grand regret); les organisateurs ayant préféré dénicher des petits passages bien techniques entre dune et forêt... Au détour d'un petit chemin entre les pins parasols, je me retrouve au pied d'une petit montagne de sable ! Qui dit montagne dit escalade ! Au sommet le sable se tasse entre les racines déterrées créant un dédale de marches naturelles à gravir...Terrain de jeu magnifique que j'aurai adoré d'ordinaire mais là je suis inquiet pour ma cheville... La descente est du même tonneau si bien que par endroits je préfère m'asseoir pour descendre en toute sécurité ...






Ce passage technique se passe bien... Il est même plutôt "fun". Le retour vers la côte se fait en suivant un beau ruban de sable sinueux. Je suis seul depuis un moment si bien que j'ai l'impression de tenir la lanterne rouge du convoi.
Heureusement les quelques bénévoles présents sur le parcours me rassurent et m'encouragent à continuer.









Le drapeau de la plage de la Terrière indique la fin de l'épisode "dunesque" mais pour en terminer il faut rejoindre le roi de la montagne qui trône tout en haut cette belle côte ensablée (le petit point noir sur l'horizon :p)... Ce bénévole a sans doute le meilleur point de vue  sur la course et le paysage (dommage qu'il ne prenne pas de photos). J'essaie de faire bonne figure en montant sur un bon rythme, persuadé de passer la dernière difficulté. Il reste 7 km à parcourir.






Retour à la civilisation

Ces derniers kilomètres sont à nouveau boisés. Le strapping devient franchement inconfortable et je cours d'une foulée boiteuse. Les peux de souvenirs que j'ai de ce passage sont assez flous car je suis principalement concentré sur le moyen de garder un compromis entre allure correcte et douleur supportable... Je ne suis pas le plus mal en point car je rattrape au fur et à mesure une 10ène de coureurs qui accusent le coup. Juste avant le ravito du 23 km je reconnais le gars qui s'était fait une entorse en début de parcours ! Comme dirait mon kiné, il y a un côté maso chez les trailleurs! Maso mais courageux et dur au mal ... je lui glisse un courage essoufflé puis il s'accroche à mon sillage jusqu'au point d'eau... Là je trouve que la sécurité n'est pas au top car a son arrivée l'encadrement ne fait pas grand chose... Je lui donne mon dernier Doliprane et lui conseille de demander un strap puis repart sans attendre.


Plus que 3 petits kilo ! me voilà en mode robot ...mettre un pas devant l'autre! avancer c'est tout! Je suis sorti de ma torpeur par des « Allez Christophe ! Allez !» .
Voilà Eric ! Il a fait une partie du chemin inverse pour me rejoindre ! Il est frais comme un gardon et me donne l'impression de sauter dans tous les sens ! Il me dit :

«Allez suis moi !! c'est de la descente, lâche toi !» Et part à tout allure devant moi...

Seulement je ne peux pas accélérer, les descentes sont les parties qui tirent le plus sur le strap et me cisaillent le pied... je le laisse filer et garde mon rythme... un pas devant l'autre... 500m plus loin, une petite voix fluette crie :

«Allez Papa ! Allez Papa!» en tapant des mains !

Voilà de quoi remonter le moral d'un papa mal en point ! Mon fiston, n'en pouvait plus d'attendre et il est parti à ma rencontre avec Papy... Le bisou magique de mon soigneur me rebooste ! Je continue mon chemin et mon fils entraîne mon beau-père : Papy tu cours ! on va attraper papa !
A la sortie du bois je trouve le reste de mon fan club et mes photographes ...:

«Allez! Allez!» ma chérie est concentrée et se met la pression pour ne pas rater LA photo...

Je n'ai pas le courage de m'arrêter et j'ai juste la force de faire un petit signe de main ...trop pressé d'en finir ! Encore une 100ène de mètres et me revoilà sur la plage de Génerelles!

Plus qu'un kilomètre mais l'un des plus difficiles ! Un vent à faire blêmir un kite surfer souffle pleine face sur l'étendue de sable...

300m ... avancer ... 200m  ... avancer ...100m ...avancer ... Arriver ! Je passe la ligne d'arrivée en dodelinant mais satisfait d'avoir remporté ce magnifique défit nature et fièr d'avoir su gérer ma blessure. Je termine à dernière page du classement (221/240) en 03:15:18 ce qui, dans mon état, est un petit exploit!


En guise de conclusion je terminerai par un passage de ce merveilleux livre d'Alain Damasio que je viens d'évoquer, la horde du contrevent, et que je ne saurai trop vous conseiller  :

la horde du contrevent
« Moins que d'autres, je ne savais si le but de notre vie avait un sens. Mais je savais, plus que quiconque, qu'elle avait une valeur. Par elle-même, directement, hors de toute réussite ou déroute. Cette valeur venait du combat. Elle venait du rapport profondément physique que nous avions au vent. Un corps à corps. Elle venait de la qualité impressionnante de notre Fer et de notre Pack. De l'épaisseur à peine concevable de connaissances et d'expériences dont nos os avaient hérité. Elle venait d'une noblesse de cœur et de rage dont je me sentais, avec Golgoth, le premier porteur. »







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